A l’occasion de promenades dans la cité des Doges, Romain Gibert a isolé différents lieux vénitiens et les scènes qu’ils engendraient pour leur singularité patinée et leurs colonies de visiteurs. Comme pour les travaux précédents à Paris, en Russie et en Auvergne, Venise consiste en une collection d’images dont rien ne semble d’abord troubler la banalité. Il pourrait s’agir de photographies de voyage, des anonymes à Venise, en été. On remarque ensuite la coïncidence plus ou mois flagrante d'éléments dédoubles sur chacune de ces images, indistinctement êtres humains ou objets architecturaux – parfois les deux à la fois, l’un saturant l’autre. La ville devenue décor est surpeuplée.
Deux cliches quasiment identiques sont systématiquement superposés : pris depuis deux angles différents pour les objets immobiles ou avec un court délai de prise de vue pour les éléments mouvants.
Dans Palais ou Deux bateaux, Romain Gibert a opère une manipulation topologique cubiste du site. Il a effacé l'élément contigu au bâtiment qu’il allait dupliquer pour y substituer la réplique. Pris sous un angle diffèrent pour entretenir l’illusion perspective, les deux bâtiments montrent alors simultanément plusieurs faces. Lorsque ces architectures ou des structures légères contiennent des êtres animés (Vendeur cartes postales, Groupe vaporetto), la présence de clones humains donne lieu à une narration dont la lecture évoque celle des ´ cycles ª de peinture, ici au format standard 24x36. En effet, des êtres vivants qui ne posent pas se retrouvent sur deux prises de vues successives et les deux étapes d’un même geste sont alors juxtaposées dans la même image, comme celle de choisir puis d’acheter en second plan de Vitrine Epicerie ou, de manière récurrente, celle de filmer, de prendre une photographie (Casquette vaporetto). Dans Policiers, deux carabinieri au premier plan offrent une solution trop facile, avec leurs cheveux courts et leurs uniformes. Leur interaction – ils se regardent et se parlent – prouve qu’il s’agit bien de deux individus en présence l’un de l’autre. Les deux occurrences du personnage du second plan constituent en revanche l'étrangeté de cette image et la distinguent de celle que ce même individu prend au même moment, dans la même rue de la Sérénissime.
En produisant des séries, Romain Gibert questionne la dimension de l’album de voyage et avec elle, l’imagerie liÈe au tourisme de masse. L’artiste reproduit le cadrage et la facture des photographies de ses sujets, les touristes faiseurs d’images. Alors que ces derniers essaient généralement d’exclure leurs pairs de leurs cadrages (Graffiti, Pont Canal), Romain Gibert utilise leurs intrusions comme autant de paires d’yeux qui se reproduisent de manière mécanique.
Marlène Perronet
When strolling along in the town of the Doges, Romain Gibert has isolated some venitian places and the scenes he saw because of their peculiar patina and their visitors. Just like his former works in Paris, in Russia and the Auvergne region, Venice consists of a gathering of photographs of which nothing is disturbing the commonness. They could have been taken during a journey, anonymous people in Venice in summer. One then notices the more or less blatant coincidence of the doubled parts on on each image indistinctly human beings or architectural subjects, sometimes both at a time, one saturating the other. The town has become an overcrowded scene. Two almost similar photos are systematically superimposed. Taken from two different views for motionless subjects or taking a quick shot for moving subjects.
For palace or two ships, Romain Gibert handled the topology of the place like it were cubist. He deleted the subject next to the building which he was going to copy in order to replace it.
As the photographs are taken from different views to create the illusion of various viewpoints both buildings simultaneously show several faces. when these architectures or light structures include moving subjects (post card sellers, group in vaporetto), the presence of human clones creates a tale mzking think of the painting periods, this time in the standard dimension 24 x 36. Indeed living creatures who do not pose are seen on two successive photographs and the two stages of one and the same gesture appear then on the same picture, such as chosing and buying something or taking photos and filming (cap, vaporetto) as can be seen in the groceries display in the middle ground. Policemen, two carabinieri in the foreground are an easy solution, their short hair und their uniforms. They look at each other und talk together which proves that two people are present. In the middle ground a person appears twice giving the picture a strange appearance and distinguishing it from the shot the same person takes at the same time in the same street Sérénissime.
When producing these series, Romain Gibert questions the dimension of the travel album and with it the imagery linked to mass tourism. The artist reproduces the centering and his subjects pictures style , the tourists as picture creators.The later generally try to exclude other photographers from their shots (Graffiti, Channel Bridge), Romain Gibert uses their intrusions like many mecanically reproducing glances.
Marlène Perronet